Tu tiens un front lever deux secondes et tu te demandes ce que ça pèse le jour d'une compétition. La réponse dépend moins de la figure que du règlement qui la lit. Deux athlètes peuvent montrer la même position et repartir avec des notes différentes, parce que le panel ne regarde pas la même chose.

Deux familles de figures, et deux disciplines qui comptent autrement

Tout ce qui se montre sur une barre en freestyle tombe dans une des deux cases. Les statiques, où tu tiens une position immobile contre ton propre poids. Les dynamiques, où tu produis de la vitesse, tu lâches la barre et tu la reprends. Beaucoup d'athlètes sont redoutables dans une case et transparents dans l'autre. La plupart des règlements le savent et notent les deux séparément, parfois dans deux épreuves distinctes ou dans deux catégories. Les deux autres disciplines ne se jugent pas, elles se mesurent. L'endurance compte des répétitions validées et le streetlifting mesure des kilos ajoutés, et leurs mouvements sont listés plus bas.

Les statiques, une histoire de bras de levier

Une statique est dure parce que ton corps s'éloigne du point d'appui. Plie les genoux dans un front lever et la position devient accessible. Tends les jambes et le levier double la charge sur les épaules et le dos. C'est exactement ce qu'un juge lit. Il ne note pas la position que tu annonces, il note celle que ton corps montre vraiment.

FigureCe qu'elle demandeCe qu'un juge regarde
Front leverCorps à l'horizontale sous la barre, face au ciel, toute la chaîne postérieure en tension.Hanches au niveau des épaules, jambes tendues, aucun balancement à l'entrée.
Back leverMême horizontale mais face au sol, épaules en rotation extrême.Hauteur du bassin, ouverture des épaules, bras tendus du début à la fin.
PlancheCorps à l'horizontale au-dessus des mains, bras tendus, poids porté vers l'avant.Angle des épaules, coudes verrouillés, hanches qui ne montent pas au-dessus de la ligne.
MaltesePlanche poussée plus loin, bras écartés sur les côtés à hauteur de poitrine.Profondeur de la position des bras, corps droit, vraie immobilité et pas un passage.
VictorianCorps tendu sous les anneaux ou la barre, bras écartés en arrière du corps, la position la plus rare de la discipline.Ligne du corps, bras verrouillés, épaules ouvertes sans que le bassin casse.
Human flagCorps à l'horizontale sur une barre verticale, bras écartés.Corps parallèle au sol, bras du bas tendu, aucune vrille du buste.
Iron crossBras écartés sur les anneaux, corps suspendu au milieu.Bras à hauteur d'épaules, poignets stables, buste qui ne bascule pas.
Croix inverséeUn iron cross tête en bas, le corps tendu au-dessus des anneaux.Verticalité du corps, bras à hauteur d'épaules, aucune bascule d'un côté.
HandstandInversion verticale sur les mains, seule ou en sortie d'une autre figure.Ligne droite des mains aux pieds, aucun déplacement, entrée et sortie contrôlées.
Hollow backÉquilibre épaules ouvertes et dos creusé, le corps passé derrière les mains.Ouverture des épaules, coudes verrouillés, position tenue et pas traversée.
90 degrésCorps vertical tête en bas sur les mains ou les barres, bras pliés à angle droit, poitrine à hauteur des mains.Angle des coudes, corps aligné au-dessus des épaules, immobilité réelle.
Elbow leverCorps à l'horizontale en appui sur les coudes plantés dans l'abdomen.Corps parallèle au sol, pieds qui ne touchent rien, tenue franche.
L-sit, V-sit et mannaJambes tendues devant en appui bras tendus, de plus en plus haut jusqu'au manna.Hauteur des jambes, genoux tendus, bassin qui ne recule pas sous les épaules.
Dragon flagCorps droit en l'air en appui sur les épaules, seul le haut du dos touche.Corps aligné des épaules aux pieds, bassin qui ne casse pas, descente contrôlée.
Positions à une mainFront lever, human flag ou équilibre tenus sur un seul bras, le palier le plus haut de presque toutes les grilles.Aucun appui de la seconde main, position tenue et pas frôlée, entrée sous contrôle.

Presque toutes ces positions se déclinent par paliers, groupé, une jambe tendue, écarté puis complet, et une grille sérieuse cote chaque palier séparément. Un front lever groupé et un front lever complet ne valent donc jamais la même chose, et c'est la position que ton corps tient qui décide, pas le nom que tu annonces.

Les dynamiques, produire de la vitesse et la reprendre

Une dynamique se joue en une seconde. Tu charges la barre, tu lâches, tu tournes, tu reprends. La difficulté vient du nombre de rotations, de la hauteur du lâcher et du fait que tu reprennes à une main ou à deux. Un juge regarde surtout la fin. Une grosse figure reprise en catastrophe vaut moins qu'une figure plus simple posée sans bruit.

FigureCe qu'elle demandeCe qu'un juge regarde
Muscle upPasser de la suspension à l'appui au-dessus de la barre en un seul mouvement.Transition sans kip excessif, bras tendus en haut, retour contrôlé.
Muscle up explosifLe même passage mais lâché en l'air, tapé dans les mains ou repris derrière la barre.Hauteur du lâcher, reprise franche, aucun appui des pieds.
360Un tour complet du corps autour de la barre après un lâcher.Hauteur du lâcher, tour bouclé, reprise à deux mains.
540 et 720Un tour et demi ou deux tours complets autour de la barre sur le même lâcher.Rotation entièrement bouclée avant la reprise, hauteur du lâcher, corps gainé.
GeingerUn lâcher en arrière avec un demi-tour, repris face à la barre.Rotation finie avant la reprise, corps gainé, reprise franche.
KatchevUn lâcher jambes écartées par-dessus la barre, repris en suspension de l'autre côté.Passage franc au-dessus de la barre, jambes tendues, reprise sans à-coup.
Shrimp flipUn lâcher vers l'avant avec un salto complet par-dessus la barre.Hauteur au-dessus de la barre, ligne du corps pendant le salto, reprise propre.
Ice cream makerUne rotation complète autour de la barre depuis la suspension jusqu'à l'appui, sans jamais lâcher.Continuité de la rotation, bras qui restent tendus le plus longtemps possible, arrivée tenue.
HefestoTirer depuis un back lever jusqu'à l'appui, mains passées derrière le dos.Absence de balancement, coudes qui finissent au-dessus de la barre, maintien final.
Death jumpLâcher une barre pour en attraper une autre plus loin.Distance franchie, aucun appui des pieds, reprise des deux mains en même temps.
Reprise à une mainN'importe quel lâcher repris sur un seul bras plutôt que deux.Main libre qui ne touche rien, épaule qui encaisse sans glisser, corps qui reste aligné.
Salto de sortieUn salto avant ou arrière pour quitter la barre à la fin du passage.Réception debout et stable, corps gainé, aucune main au sol.
Combo de barrePlusieurs dynamiques enchaînées sans temps mort.Continuité entre les figures, aucune remise en suspension, qualité de la dernière.

Les mouvements comptés en endurance

En endurance rien ne se cote. Le juge valide ou ne valide pas, et ce qu'il valide monte au total. La liste des mouvements est donc courte et les standards sont tout, l'amplitude, la position de départ et ce qui tue une répétition. Tout se compte au poids du corps, rien ne s'ajoute à la ceinture, et c'est ce qui sépare l'endurance du streetlifting.

MouvementCe qu'il demandeCe qu'un juge valide
TractionSuspension bras tendus puis menton au-dessus de la barre, en pronation, en supination ou en prise neutre.Bras complètement tendus en bas, menton franchement au-dessus, aucun élan des jambes quand la stricte est demandée.
Muscle upPasser de la suspension à l'appui au-dessus de la barre, compté au poids du corps.Passage en un seul temps, coudes verrouillés en haut, retour en suspension complète.
DipsDescente aux barres parallèles jusqu'à l'angle demandé puis remontée bras tendus.Profondeur de la descente, bras tendus en haut, buste qui ne se cambre pas pour voler de l'amplitude.
PompesPoitrine près du sol puis bras tendus, corps aligné de la tête aux talons.Amplitude complète, corps gainé, aucun repos genoux au sol.
Squat au poids du corpsCuisses au moins parallèles au sol puis retour jambes tendues.Profondeur de la descente, talons au sol, hanches et genoux tendus en haut.
Traction australienneTirage horizontal sous une barre basse, corps gainé, poitrine à la barre.Poitrine qui touche, corps aligné, bras tendus en bas.
Lever de jambesGenoux ou jambes tendues remontés depuis la suspension, jusqu'à la barre selon le standard.Hauteur atteinte, aucun balancement entre deux répétitions, descente contrôlée.
Pompes en équilibreDescente tête au sol en équilibre, au mur ou libre, puis remontée bras tendus.Contact de la tête, coudes verrouillés en haut, aucune bascule du bassin pour aider.
BurpeePoitrine au sol puis saut mains au-dessus de la tête.Poitrine qui touche, hanches ouvertes en haut, deux pieds qui décollent et qui reviennent ensemble.
Tenue maximaleSuspension, L-sit ou équilibre tenus le plus longtemps possible, comptés en temps et pas en répétitions.Position tenue sans rupture, chrono arrêté au premier relâchement.

Les mouvements chargés en streetlifting

En streetlifting la charge remplace la note. Chaque fédération retient sa liste, deux mouvements chez certaines avec la traction et le dip, trois avec le muscle up, quatre quand le squat s'ajoute, et la somme des meilleures charges validées fait le total. Chaque essai se note valide ou manqué, il n'y a rien entre les deux. Ni les répétitions ni les kilos ne passent par une grille de difficulté, donc tout ce qui suit revient aux figures jugées du freestyle.

MouvementCe qu'il demandeCe qui fait un essai valide
Traction lestéeCharge à la ceinture ou au gilet, suspension bras tendus puis menton au-dessus de la barre.Bras tendus en bas, menton au-dessus de la barre, aucun élan quand la stricte est demandée.
Dip lestéCharge suspendue, descente jusqu'à l'angle demandé puis verrouillage bras tendus.Profondeur atteinte, coudes verrouillés en haut, charge qui ne touche jamais le sol.
Muscle up lestéLe passage complet de la suspension à l'appui, charge accrochée.Un seul temps, coudes verrouillés en haut, aucune aide des pieds.
SquatBarre au dos, descente au moins cuisses parallèles puis retour debout.Profondeur, jambes et hanches tendues en haut, barre reposée au signal.
Soulevé de terreBarre décollée du sol jusqu'à la position debout verrouillée, quand la fédération le retient.Dos qui tient sa forme, genoux et hanches verrouillés, barre redescendue sous contrôle.

Ce qui fait vraiment monter la difficulté

Trois choses décident. Le bras de levier d'abord, car plus ton centre de gravité s'éloigne des mains, plus la position coûte cher. Le temps de maintien ensuite, car la plupart des règlements ne comptent une statique qu'au-delà d'un seuil, souvent deux secondes d'immobilité réelle, et une position frôlée ne compte pas. La propreté de la sortie enfin. Entrer en balançant, tenir une demi-seconde et tomber dedans ne vaut pas une entrée contrôlée suivie d'une sortie tenue.

Comment un panel traduit une figure en note

Le mécanisme est presque toujours le même. Chaque juge travaille avec une grille qui associe une valeur à chaque figure reconnue, puis il applique des retraits pour les défauts d'exécution. La valeur brute récompense ce que tu as tenté, l'exécution sanctionne ce que tu as raté. Beaucoup de formats ajoutent un troisième axe, la composition, qui regarde l'enchaînement, l'occupation du plateau et la variété. Les notes des juges sont ensuite agrégées, souvent en écartant la plus haute et la plus basse, et le total alimente le classement.

Une grille de difficulté n'est pas une liste de figures, c'est une échelle. Les figures y sont rangées par paliers, du plus accessible au plus rare, et chaque palier vaut un nombre de points. Deux figures d'un même palier rapportent la même chose même si l'une te paraît bien plus dure. C'est pour ça qu'un athlète lucide ne montre pas sa figure préférée, il montre celle qui paie le mieux pour le risque qu'elle lui coûte.

Pourquoi deux compétitions cotent la même figure différemment

Il n'existe aucun barème universel du street workout. Chaque organisateur et chaque fédération écrit sa propre grille, et cette grille reflète ce qu'ils veulent voir sur le plateau. Un format construit autour de la force pure valorise les statiques longues et les positions de bras tendus. Un format construit autour du spectacle paie davantage les dynamiques et les longs enchaînements. Le niveau du plateau compte aussi. Une figure rare dans une catégorie ouverte devient banale dans une finale élite, et la grille est réécrite pour continuer à séparer les athlètes. Ne pars jamais du principe que ta figure vaut ailleurs ce qu'elle valait la saison dernière.

Ce que tu dois lire dans un règlement avant de t'inscrire

Cherche quatre informations. La grille elle-même, ou au moins la liste des mouvements reconnus, parce qu'une figure absente de la liste vaut souvent zéro. Le seuil de validation des statiques, en secondes. Le format de passage, avec la durée de ta série, le nombre de vagues et le nombre de juges par poste. Et la règle de répétition, parce que la plupart des règlements ne comptent une figure qu'une seule fois dans un même passage. Si un de ces points manque, écris à l'organisateur avant de payer ton inscription. Une réponse claire avant l'événement vaut mieux qu'une contestation après le classement.

Questions fréquentes

Aucune dans l'absolu. Tout dépend de la grille de l'organisateur. Une planche complète ou un 360 repris à une main sont hauts dans presque toutes les grilles, mais leur valeur exacte change d'un événement à l'autre.
La plupart des règlements demandent au moins deux secondes d'immobilité franche. Certains montent à trois pour les positions les plus dures. Le chiffre doit figurer dans le règlement et ne devrait jamais être laissé à l'appréciation du juge le jour même.
Non. Une répétition est validée ou refusée et une charge est soulevée ou manquée, il n'y a aucune valeur de difficulté à négocier. La seule grille qui existe dans ces deux disciplines est celle des standards, ce qu'une répétition doit remplir pour compter.
Elle ne rapporte rien et elle brûle du temps sur ton passage. Dans beaucoup de formats elle déclenche aussi un retrait d'exécution si tu touches le sol ou si tu lâches la barre sans le vouloir. Viser très au-dessus de ton niveau est un pari, pas une stratégie.
Non. Un passage propre fait de figures moyennes bat souvent un passage ambitieux et sale. Les retraits d'exécution mangent vite l'écart de difficulté.
Oui, et beaucoup le font. Chaque épreuve garde sa façon de mesurer l'athlète, jugée, comptée ou chargée, et le classement général cumule ce que l'organisateur décide d'y mettre avec le poids qu'il donne à chaque épreuve.
Regarde la liste jointe au règlement et compare les noms. Les appellations varient d'une scène à l'autre, donc décris la figure ou envoie une vidéo courte si le nom n'apparaît pas dans la liste.